PHALLAINA-Billet-Auplaisir

Il n’est jamais trop tard pour le sublime.

Vous l’avez peut-être déjà vue, voilà plusieurs mois que je voulais vous parler d’un travail hors du commun. Je crois que c’est une des plus belles œuvres interactives, sous la forme d’une App (!), qu’il m’a été donné de voir. Non, ne vous arrêtez pas au mot « App », je parle bien d’une œuvre. Oui, ce billet sera dithyrambique, je suis tombé amoureux de Phallaina.

Bande défilée

Une bande dessinée, ou plus précisément une « bande défilée » indique l’auteure Marietta Ren, où on découvre l’univers d’Audrey, une jeune fille qui souffre de crises hallucinatoires : une introspection poétique et tout à fait immmersive; et je ne parle pas de réalité virtuelle, mais bien de la puissance du dispositif.

L’écriture

Le dessin avant tout, noir, blanc, pas de gris, tout en masse, en courbe, souvent à la limite de l’abstraction. J’y ai retrouvé un petit air de famille avec les dessins de Bastien Vivès dans le très beau Polina par exemple (ah ! on me souffle qu’ils se sont croisés à l’école des Gobelins, il est également remercié au générique : il est pas loin quoi). Une autre influence déclarée est le brillant artiste britannique (Art Nouveau) Aubrey Beardsley.

La mise en scène

La notion d’enchaînement est très importante dans ce travail. Tout d’abord, l’auteure a conçue cette histoire à la façon d’un rouleau japonais, pas de cases. Pas moins de 1600 écrans s’enchainent en une bande quasi infinie. De plus, l’idée des montées progressives des hallucinations de l’héroïne, mêlant réalité et délire(s) est très bien portée par le système mis en place par l’équipe de développement : on avance dans l’histoire en faisant simplement glisser son index sur l’écran, sans accoup, tout en douceur, en profondeur grâce à un jeu de parallaxe. C’est simple, pas d’artifice ou d’élément qui nous sortirait de notre rêverie : on peut se concentrer sur la beauté évocatrice de ce qui nous est donné à voir. Le tout est servi par un travail sonore de grande qualité, qui lui aussi se dévoile par strate.

L’alignement des planètes

Ce résultat, unique en son genre, fonctionne très bien car au-delà de la qualité des différents éléments (l’histoire, le dessin, le sound design, l’interface), ces derniers créent un résultat homogène, parfaitement adapté aux possibilités naturellement limitées du support de consultation finale : un smartphone, une tablette.
Ce projet est une co-édition du studio Small Bang et le département « nouvelles écritures » de France Télévisions et a été programmé au Festival d’Angoulême où une fresque de pas moins de 115 mètres de long a été installée. L’installation a depuis fait son petit bonhomme de chemin en passant, entre autres, par la Ferme du Buisson.

En savoir plus ?

– Téléchargement gratuit : Apple, Android.
– Une interview de Marietta Ren, son blog
– La bande originale de Côme Jalibert sur SoundCloud

 


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Directeur de création / DIGITAL, co-fondateur d'AUplaisir.